La culture du couple
Le couple, comme tout autre relation, est un jardin. Au début on plantes des graines, on arrose, le soleil les fait pousser.
Tout s’éveille, tout est facile, il n’y a rien à faire. C’est beau, ça sent bon, c’est nouveau.
Si on laisse le jardin faire, la nature continue son chemin et prend de la place, des ronces, des herbes en tout genre vont pousser.
Des plantes que l’on n’avait pas forcément envie de voir pousser ici vont s’installer, et si l’on fait mine de ne pas les voir, qu’on ne s’en occupe pas, elles vont prendre de plus en plus de place, envahir l’espace et un beau jour on ne pourra plus accéder au fond du jardin que l’on aimait tant avec son petit banc pour s’asseoir et contempler la Nature.
Avoir un couple sain, c’est cultiver ce jardin, regarder ce qui y pousse, élaguer, choisir de retirer des chose, d’en garder d’autres, accepter qu’il soit en constante évolution
tout en en prenant soin, régulièrement.
Il arrive souvent que des couples, dépassés par tant de foisonnement, perdu dans la masse de travail qu’il y a à faire,
n’ayant pas toujours les bons outils (difficile d’arracher des herbes à la petites cuillères), étant découragés, décident d’arrêter la relation.
Et c’est sans doute parfois la bonne solution.
Mais s’il on pouvait comprendre ce qui se joue ici et construire des jardins qui nous ressemblent, qui nous ressourcent, qui sont des havres de paix?
Bien sûr la tentation peut être grande, à la moindre “mauvaise herbe” de partir démarrer un nouveau jardin ailleurs, tout neuf, tout florissant. Un jeune jardin. Pourquoi pas, mais cela nécessitera de nombreux deuils et l’on sera toujours (peut-être) en quête du jardin idéal, qui s’entretiendrait tout seul (et qui n’existe pas).
Alors que se passe-t-il dans les relations de couple ? Qu’est ce qui se joue ? Pourquoi le jardin ne vit-il pas de manière autonome ?
La physiologie
D’abord il faut comprendre que physiquement l’amour est conditionné par notre corps, par l’afflux d'hormones qui nous envahit au contact de l'autre.
Au bout d’un certains temps de relation, les hormones des premiers émois, de la passion, commencent à se tarir.
C’est à ce moment que les “défauts” de notre partenaire deviennent visibles, que l'on a le sentiment qu'il/elle "a changé".
On quitte le stade du couple fusionnel pour entrer dans le stade du couple conflictuel.
C'est à ce moment que les ennuis peuvent commencer si les partenaires ne vont pas naturellement
vers plus de communication, d'écoute, de compréhension, de comportements pro-actifs pour "entretenir" le feu, la joie, l'amour.
En somme il va falloir commencer à cultiver son couple, car les hormones ne le feront plus pour vous.
L’inconscient qui cherche à se guérir et rejoue d’anciens mécanismes
Notre Inconscient est continuellement à la recherche d'un sentiment de complétude, perdu il y a bien longtemps, à l'expulsion du ventre de notre mère, lieu de sécurité physique et affective. Il excelle dans la capacité à déceler les personnes qui vont être à même d’appuyer sur nos blessures. La logique est la suivante : si l’autre peut me permettre de revivre une blessure ancienne, alors iel me donne la possibilité de guérir celle-ci. Par exemple, une personne avec une blessure du rejet prédominante, va être attirée par des personnes qui vont avoir tendance à lui faire vivre des situations où elle se sentira rejetée.
Nous cherchons des personnes complémentaires, qui vont partager des traits de caractère similaires à nos figures d’attachement (le plus souvent les parents), et viennent donc appuyer sur nos blessures les plus anciennes, infantiles et donc émotionnellement puissantes.
En fonction de nos histoires, nos familles, nous avons vécus divers types de situations qui nous ont conduit à être blessées. Ces blessures peuvent être celle de l’abandon, l’humiliation, le rejet, la trahison, l’enfant roi, la non-reconnaissance … et bien d’autres. Notre inconscient cherche constamment à nous guérir, il nous ramène à notre réalité intérieure car il cherche l’équilibre, l’apaisement, et pour cela il agit sur nos désirs, nos élans, nos attirances, il se sert de l’environnement extérieur pour revivre la blessure tant que celle-ci n’est pas conscientisée et guérie.
Lorsque l’on regarde le couple sous l’angle de la théorie de l’attachement (Bowlby), on remarque que bien souvent des personnes avec un attachement opposé vont s’attirer.
Une personne avec un attachement insécure anxieux (recherche d’une attention constante, de validation par l’autre, de prendre d’amour pour se rassurer) va être attirée par des personnes avec un attachement insécure évitant (fuite devant les émotion, tendance à se fermer dans les situations conflictuelles, perception d’un danger à être trop proche). Ces deux personnes vont donc merveilleusement jouer au chat et à la souris, se reprochant l’un.e l’autr.e d’être ce qu’iel sont, alors même que leurs inconscients respectifs se sont justement choisi pour cela.
Ces fonctionnements peuvent générer beaucoup de souffrance pour les deux personnes si elles ne sont pas en capacité de mettre de la conscience sur leurs propres fonctionnements et à communiquer de manière authentique sur leur vie intérieure tout en étant ouvert.e à entendre la réalité de l’autre.
Cet exemple est simplifié pour comprendre la dynamique qui peut se jouer, la théorie de l’attachement serait un peu longue et complexe à expliquer ici dans toutes ses subtilités.
En définitive, nous pouvons choisir avec qui nous construisons un couple, mais nous ne choisissons pas consciemment par qui nous sommes attiré.e.s.
Mais comment faire pour cultiver son couple ?
Tout d’abord il est nécessaire de connaître les plantes, trouver les bons outils, prendre du temps pour cultiver ce jardin, prendre les choses une par une.
La première piste est la connaissance de soi, comprendre ses mécanismes, les reconnaître, afin d’arriver avec conscience dans la relation. Se faire accompagner par un.e thérapeute me semble important afin d’avoir accès à nos angles morts, les choses que l’on ne souhaite pas voir. Se faire aider, aussi, pour entreprendre un chemin de guérison de ces parts qui ont manqué de soin, de présence, d’amour, de reconnaissance.
La seconde piste est d’apprendre à développer une communication ouverte, authentique avec l’autre afin de jouer carte sur table, pouvoir dire “je ressens cela” afin de rester en lien, même lorsque le message pourrait être difficile à entendre.
La troisième piste est de porter la responsabilité de ses émotions et de son vécu. Être responsable de ses émotions c’est reprendre le pouvoir sur sa capacité à pouvoir agir, à pouvoir décider. Être responsable c’est comprendre que ma colère m’appartient, qu’elle se vit dans mon corps, je la vie en relation avec l’autre, mais elle m’appartient. Je peux donc l’accueillir et essayer de comprendre son message, sans projeter mon imaginaire sur l’autre et lui prêter des intentions.
Une astuce très utile en cas de conflit ou d’émotions importantes : la libération émotionnelle. Avant ou pendant la discussion, si une émotion forte se présente : allez dans une autre pièce ou au fond du jardin et criez, secouez-vous, tapez dans des coussins, balancez des peluches contre le mur, écrabouillez des bonhommes en pâte à modeler, fendez du bois, pleurez… Accueillez cette émotion, laisser-la exister et sortir de votre corps, par du mouvement. Une fois que vous l’avez pleinement reçue, vécue, alors vous pouvez retournez à votre échanges, en n’étant plus submergé.e par cette émotion (certainement ancienne) et revenir à un état plus présent à ce qu’il se passe dans la situation, plus apte à écouter l’autre et à vous exprimer clairement.
Toutes ces pites nécessitent des apprentissages, des déconstructions, doivent être menées conjointement. Sur ce chemin chaque personne va se tromper, va être perdue, fatiguée, et c’est humain. Nous n’avons pas appris à faire nos lacets en un jour.
Pour en comprendre davantage sur les relations et la manière dont elles agissent en nous je vous invite à consulter ma page dédiée aux relations.
Si vous avez envie d'aller plus loin les podcast Les couilles sur la table de chez Binge audio sont très intéressants en matière de sexualité et de rapport femme/homme hétérosexuel.le.s.
Je vous conseille aussi de lire les bandes dessinées de Liv Strömquist, elles sont toutes formidables.
Je vous conseille aussi la vidéo de Et tout le monde s'en fout pour sa superbe vidéo sur le désir.